TER Centre, ma toute première chanson, a 10 ans

Il y a 10 ans sortait cette première chanson, TER Centre, observation lascive de mes trajets en train entre banlieue campagnarde et Paris pour aller à l’université. Le texte est né en 35 minutes de porte à porte, écrit sur un vieil ordinateur portable ralenti par open office et le poids de mes cours de socio, et surtout par Fifa 15 qui saturait son espace mémoire. Cette chanson cristallise tellement de choses. D’abord l’idée d’infraordinaire, obsédante, des petites choses, du quotidien, de la banalité, qui ne m’a jamais quitté.

Elle a existé dans une version Rhodes-voix sur SoundCloud, enregistrée aux studios Saint-Germain à Paris, comme première maquette. Puis après notre rencontre avec Damien aux Bars en Trans à Rennes, mon ami partenaire au son, elle est sortie en exclusivité sur une playlist de la Souterraine, un média web radio indépendant, mixée par mon pote Antony qui était avec moi sur la route des concerts. Elle est ensuite parue sur les plateformes, à une époque où le français redevenait à la mode, où on était avec quelques autres les cobayes de nouvelles playlists francophones qui aujourd’hui sont tant désirées. Il a fallu le soutien sans faille de prescripteurs fidèles et partenaires de la première heure - elles et ils se reconnaîtront - pour emporter cette chanson, en faire un truc cool, et c’est vrai qu’elle dénotait. 4 minutes de flot ferroviaire, inspiré par les textes fleuves de Dylan et sa contemplation sociale, et le morceau était là, sans en attendre grand chose. Une histoire, un piano, des ambiances cinématographiques, quelques arrangements électro-acoustiques…

On a tourné le clip avec Hugo et Noki, de Rambouillet à Paris, sur les quais et dans la gare Montparnasse. Avec mes portes Jordan, Gaspard, mon grand-père qui avait encore sa mémoire et l’alliance de ma grand-mère superposée à la sienne, sur son annulaire gauche gonflé par l’arthrose. Sur la pochette je suis de dos, dans le clip on m’aperçoit à peine, je ne voulais pas apparaître à l’image, je trouvais ça étrange, de montrer sa gueule, d’en faire une devanture marketing. Et puis on change, un peu seulement, parce que les questions profondes restent les mêmes. J’avais l’âge des doutes, l’ingénuité pouponne qu’on m’a longtemps renvoyé, c’était facile. 

Cette chanson a 10 ans, l’ingratitude d’une voix qui se cherche, des mots qu’on écrirait autrement, même une faute de syntaxe au septième couplet. L’impression poncive de faire ce que font les gens qui disent que c’était y a dix ans, que ça fait tout drôle, que c’est passé vite. Et puis on cède. Parce que c’est vrai, ça fait tout drôle, et c’est passé vite. Mais qu’est-ce qu’on peut en mettre, des choses, en dix ans… Depuis ça, le geste est le même. La sensation d’écrire une chanson comme un besoin, qu’elle raconte quelque chose, ne pas avoir d’attente, dans l’antichambre insoluble et cryptée de l’intuition créatrice. Ça vient souvent de choses très simples. Et tout part d’un geste. Ou d’un trajet en train. Joyeux 10 ans petite sœur.

Le printemps, notre nouvelle chanson avec Laura Cahen est maintenant disponible

On en passe un certain nombre, à contempler les fleurs, la beauté et les inquiétudes.

L’équinoxe, Botticelli, Stravinski, l’éveil.

Printemps des peuples de 1848, de Prague, de 68. Printemps arabe, printemps érable, printemps asiatiques... Ce n’est pas seulement des bourgeons ou la nature qui sort de son sommeil. C’est le réensauvagement des consciences, l’attention au vivant, la magie retrouvée…

Le printemps est à vous. 

La session acoustique réalisée par Hugo Pillard